Peuple Mentawai

« Nous nous sommes fréquentés pendant un an avec Tisalamati avant qu’elle devienne ma femme. Pour demander sa main à sa famille, j’ai dû fournir dix cochons et un terrain de cinquante sagoutiers. Jeunes mariés, nous avons vécu dans une petite hutte, je n’avais pas assez de ressources pour construire une Uma. Une nuit, les esprits sont venus me rencontrer dans mes rêves. Le matin au lever, je savais que j’avais été choisi. Je devais devenir Sikerei. »

Propos de Arman Salomo, Sikerei (shaman) à Butui, recueillis par Alexis

Peuple Mentawai

Traditions

Les Mentawai connaissent le pouvoir des graines et des racines. Ils cultivent ainsi quelques plants. Ils connaissent le langage des poules et des cochons et s’adonnent ainsi à l’élevage. Ils gardent néanmoins l’agilité et l’adresse de chasseurs cueilleurs. Régulièrement, ils préparent le poison avec un mélange de plantes similaire au curare. Ils en enduisent leurs flèches, bandent leur arc et partent chasser le cerf, le singe ou le cochon sauvage dans les profondeurs de la jungle. Les femmes quant à elles, se munissent d’épuisettes, se parent de feuilles de bananiers et pêchent petits poissons et crevettes dans les rivières.

Les traditions du tatouage font partie de ces héritages qui se perdent chez les Mentawai, bien que l’on voie encore l’encre teinter la peau des vieux shamans et de leurs femmes. Le tatouage est avant tout un rituel, à la fois pour déterminer les rôles dans la société et pour protéger le corps et l’esprit.

Les femmes se liment les dents en pointes. Leur sourire est doux et féroce. Elles n’en sont que plus belles aux yeux des prétendants ou de leur mari. La tenue traditionnelle des hommes de la jungle est le kabit. Un pagne fait d’écorce d’arbre attendri au maillet.

Pour communier avec la nature et les animaux, les shamans pratiquent des danses et des chants. Ils se fondent dans la peau des singes, des aigles ou d’autres oiseaux de la forêt. La médecine traditionnelle est très répandue. Les shamans usent de plantes, d’incantations et de ce que l’on pourrait associer à de la magie pour prévenir et soigner les maladies de l’âme et du corps. Lorsqu’ils se retrouvent, les shamans participent parfois à des cérémonies dont eux seuls ont le secret. Cérémonies shamaniques ou connexion avec les esprits de la forêt, à chacun sa perspective et sa définition de ces pratiques qui dépassent souvent l’empans de notre réalité.

Croyances et religions

A l’origine, les Mentawai sont animistes, ils croient en un esprit qui anime les êtres et la nature. Le shaman, qui se nomme sikkerei, est le chef spirituel. C’est lui qui communique avec les esprits de la nature. Les esprits de chaque plante et chaque animal sont intimement liés et peuvent communiquer entre eux. Les shamans s’assurent que l’harmonie règne et que les hommes ne viennent pas la perturber.

Avant de couper un arbre ou de tuer un animal, les shamans vont réciter quelques prièrent. Ils informent l’âme de la raison pour laquelle ils prennent la vie et s’assurent qu’elle trouve sa place dans l’au-delà. Ainsi, les Mentawai croient au respect de l’environnement. Pour les Mentawai, l’esprit des ancêtres peut être consulté. Il y a donc un au-delà, un chemin qu’emprunte l’âme après la mort. Les Mentawai consultent régulièrement les shamans tant pour les maux du corps que pour les maux de l’esprit qui sont indissociables.

Depuis l’Indépendance de l’Indonésie et la Pancasila (cf Indépendance de l’Indonésie), le gouvernement oblige les Mentawai à adopter l’une des cinq religions reconnues. Certains vous diront alors qu’ils sont musulmans, chrétiens, bouddhistes, protestants ou encore hindous. Pourtant tous, sans exception, vous diront qu’ils croient aux esprits de la forêt.

Croyances et religions

A l’origine, les Mentawai sont animistes, ils croient en un esprit qui anime les êtres et la nature. Le shaman, qui se nomme sikkerei, est le chef spirituel. C’est lui qui communique avec les esprits de la nature. Les esprits de chaque plante et chaque animal sont intimement liés et peuvent communiquer entre eux. Les shamans s’assurent que l’harmonie règne et que les hommes ne viennent pas la perturber.

Avant de couper un arbre ou de tuer un animal, les shamans vont réciter quelques prièrent. Ils informent l’âme de la raison pour laquelle ils prennent la vie et s’assurent qu’elle trouve sa place dans l’au-delà. Ainsi, les Mentawai croient au respect de l’environnement. Pour les Mentawai, l’esprit des ancêtres peut être consulté. Il y a donc un au-delà, un chemin qu’emprunte l’âme après la mort. Les Mentawai consultent régulièrement les shamans tant pour les maux du corps que pour les maux de l’esprit qui sont indissociables.

Depuis l’Indépendance de l’Indonésie et la Pancasila (cf Indépendance de l’Indonésie), le gouvernement oblige les Mentawai à adopter l’une des cinq religions reconnues. Certains vous diront alors qu’ils sont musulmans, chrétiens, bouddhistes, protestants ou encore hindous. Pourtant tous, sans exception, vous diront qu’ils croient aux esprits de la forêt.

Mode de vie des Mentawai

Mode de vie

Les habitants de l’archipel des Mentawai se répartissent en trois groupes principaux :

  • Les Mentawai de la forêt qui perpétuent les traditions
  • Les Mentawai des villages gouvernementaux
  • Les Indonésiens venus d’autres îles, principalement de Sumatra

Les Mentawai de la forêt vivent encore comme leurs ancêtres. Ils se réunissent en uma qui signifie tant la maison communautaire physique, que le clan ou la famille. La uma physique est une grande maison de bois sur pilotis. Il y a généralement une partie fermée qui sert de chambre et de foyer et une partie ouverte pour accueillir les invités. On dort sur des nattes à même le sol. Le bain se prend quotidiennement dans l’eau fraîche de la rivière. Les besoins se font ci et là dans la nature et sont rapidement recyclés.

Il n’y a ni électricité, ni réseau téléphonique. Certain ont aujourd’hui de petits panneaux solaires et une batterie permettant d’allumer une ampoule à la nuit tombée. La vie reste rythmée par la lente course du soleil. On se réveille à l’aube alors que la moiteur de la nuit s’élève en de doux nuages à travers la canopée. On se couche après le crépuscule lorsque la jungle stridule, coasse et hurle dans un concert nocturne et invisible.

La société est égalitaire. Il n’y a pas de chef. Les décisions sont prises en groupe. La sagesse prime, c’est pourquoi la parole des aïeux et surtout des shamans a davantage d’impact que celle des autres membres de la communauté. Le système est patrilinéaire et les hommes sont d’ordinaire plus respectés que les femmes. Chacun a néanmoins sa place dans le clan.

Les femmes s’occupent de la cuisine, de la pêche et des plantations de manioc, de taro et de banane. Les hommes vont à la chasse, ils sont responsables des plantations de sagoutier et de cocotier et de l’élevage des poules et des petits cochons. C’est eux qui font le commerce du coprah ou du patchouli.

Les Mentawai des villages gouvernementaux ont pour beaucoup arrêté de chasser. Il n’y a que peu de travail, et pas de terre cultivée ou de forêt à entretenir. Le plus clair de la journée est destiné à une oisiveté morose. On palabre sous l’auvent des maisons et on regarde le temps qui passe dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Économie

Chaque famille subsiste de manière indépendante et troque parfois nourritures et animaux. Le partage des richesses et des terres se fait essentiellement lors des décès et des mariages. Au-delà du troc, l’économie est basée principalement sur l’exploitation forestière, qui bénéficie peu aux Mentawai, et sur la vente de coprah et d’essences des plantes de la jungle comme le patchouli.

Les Mentawai ne connaissent le système monétaire que depuis quelques décennies, suite à l’indépendance de l’Indonésie. La plupart des Mentawai ne vivent qu’avec l’équivalent de quelques dizaines ou centaines d’euros par an. Ils utilisent cet argent pour acheter des vêtements pour leurs enfants qui vont à l’école, pour des machettes ou autres objets à base de métal ou encore pour du tabac. Ils puisent presque tout ce dont ils ont besoin de la jungle. C’est pourquoi il est très difficile pour les Mentawai vivant dans les villages gouvernementaux de vivre convenablement.

Peuples premiers - Mentawai Sumatra
Peuples premiers - Mentawai Sumatra

Économie

Chaque famille subsiste de manière indépendante et troque parfois nourritures et animaux. Le partage des richesses et des terres se fait essentiellement lors des décès et des mariages. Au-delà du troc, l’économie est basée principalement sur l’exploitation forestière, qui bénéficie peu aux Mentawai, et sur la vente de coprah et d’essences des plantes de la jungle comme le patchouli.

Les Mentawai ne connaissent le système monétaire que depuis quelques décennies, suite à l’indépendance de l’Indonésie. La plupart des Mentawai ne vivent qu’avec l’équivalent de quelques dizaines ou centaines d’euros par an. Ils utilisent cet argent pour acheter des vêtements pour leurs enfants qui vont à l’école, pour des machettes ou autres objets à base de métal ou encore pour du tabac. Ils puisent presque tout ce dont ils ont besoin de la jungle. C’est pourquoi il est très difficile pour les Mentawai vivant dans les villages gouvernementaux de vivre convenablement.

Hospitalité et rencontres

Lorsque l’on s’invite dans une uma, il est d’usage d’apporter des cadeaux pour les hôtes. Généralement du tabac, du sucre, du café mais aussi des animaux, de la nourriture ou des perles. Un hôte ne refuse pas l’hospitalité et accueille ses invités avec respect.

Lors de leurs rencontres ou retrouvailles, les Mentawai commencent généralement par se raconter l’actualité de leurs uma respectives. Ils partagent ensuite la nourriture. A la tombée de la nuit, pour se divertir, ils se racontent des devinettes tout en fumant le tabac. Ils aiment beaucoup les énigmes et s’amusent des tours de magie. Lorsque deux shamans se rencontrent pour la première fois, ils entament une cérémonie et célèbrent les chants des ancêtres qu’ils entonnent parfois jusqu’au petit matin.

Hospitalité et rencontres

Lorsque l’on s’invite dans une uma, il est d’usage d’apporter des cadeaux pour les hôtes. Généralement du tabac, du sucre, du café mais aussi des animaux, de la nourriture ou des perles. Un hôte ne refuse pas l’hospitalité et accueille ses invités avec respect.

Lors de leurs rencontres ou retrouvailles, les Mentawai commencent généralement par se raconter l’actualité de leurs uma respectives. Ils partagent ensuite la nourriture. A la tombée de la nuit, pour se divertir, ils se racontent des devinettes tout en fumant le tabac. Ils aiment beaucoup les énigmes et s’amusent des tours de magie. Lorsque deux shamans se rencontrent pour la première fois, ils entament une cérémonie et célèbrent les chants des ancêtres qu’ils entonnent parfois jusqu’au petit matin.

Éducation

Les Mentawai ont une tradition orale. La connaissance, l’histoire et les coutumes se passent de bouche à oreille depuis des générations. Les enfants de la jungle apprennent les propriétés des plantes et des racines dès le plus jeune âge. Ils savent suivre les traces des animaux et se repèrent facilement dans la jungle. Ils apprennent par le jeu avec les autres enfants et en accompagnant leurs parents dans les tâches quotidiennes.

La plupart des enfants vont à l’école dans les villages gouvernementaux, devant parfois marcher plusieurs heures par jour à travers la forêt. Ils y apprennent la lecture, l’écriture, les mathématiques, l’histoire, la géographie, la langue indonésienne et la « civilisation ». Encore aujourd’hui, les écoles enseignent les bénéfices de la vie dans les villages gouvernementaux. Leurs parents, les hommes de la forêt, sont présentés comme des êtres primitifs et inférieurs. Lorsqu’ils rentrent le soir à la maison, les enfants de la jungle demandent parfois aux shamans de leur raconter quelques légendes, ces contes Mentawai qui trouvent leurs origines entre mythes et réalité.

Éducation

Les Mentawai ont une tradition orale. La connaissance, l’histoire et les coutumes se passent de bouche à oreille depuis des générations. Les enfants de la jungle apprennent les propriétés des plantes et des racines dès le plus jeune âge. Ils savent suivre les traces des animaux et se repèrent facilement dans la jungle. Ils apprennent par le jeu avec les autres enfants et en accompagnant leurs parents dans les tâches quotidiennes.

La plupart des enfants vont à l’école dans les villages gouvernementaux, devant parfois marcher plusieurs heures par jour à travers la forêt. Ils y apprennent la lecture, l’écriture, les mathématiques, l’histoire, la géographie, la langue indonésienne et la « civilisation ». Encore aujourd’hui, les écoles enseignent les bénéfices de la vie dans les villages gouvernementaux. Leurs parents, les hommes de la forêt, sont présentés comme des êtres primitifs et inférieurs. Lorsqu’ils rentrent le soir à la maison, les enfants de la jungle demandent parfois aux shamans de leur raconter quelques légendes, ces contes Mentawai qui trouvent leurs origines entre mythes et réalité.

Gastronomie

Le foyer est leur cuisine et la jungle leur supermarché. La base de la nourriture mentawai est le sagou, un extrait de la pulpe d’un palmier : le sagoutier. C’est une fécule alimentaire qui présente peu de propriétés nutritives mais remplit l’estomac et coupe la faim. On le mange généralement en bâtonnets cuits au feu de bois dans des feuilles tressées de sagoutier.

Alors que les hommes coupent le sagoutier et que les femmes s’affairent en cuisine, les enfants fouillent dans les troncs en décomposition pour dénicher les tamaras. Les tamaras sont des larves de scarabée grosses comme le pouce dont les enfants raffolent, à déguster crues pour apprécier leur saveur de coco ou cuites à la broche avec une sauce au piment doux. Les autres apports en protéine de la gastronomie Mentawai sont les fruits de la chasse. Le singe, le cerf, les petits sangliers de la forêt et quelques oiseaux sont les cibles les plus prisées. Cuite au bouillon pour en conserver toutes ses propriétés nutritives, la viande reste un met de fête.

Lorsqu’elles ne sont pas en cuisine, les femmes cultivent des racines telle que la patate douce, le manioc ou le taro. Elles sont préparées à l’eau ou frites dans de l’huile de palme comme le plantain qui fait désormais partie de la cuisine mentawai. En journée, les femmes vont également à la rivière pêcher les petits poissons et crevettes qu’elles font frire dans l’huile. La nuit tombée, elles pataugent dans les marécages pour harponner crapauds et grenouilles dont les pattes sont cuisinées à l’eau ou à l’huile.

Dans les potagers poussent également bananiers et papayers. Les fruits sucrés sont dégustés à tous moments de la journée. Selon les saisons, les femmes pénètrent la jungle à la recherche de fruits sauvages telle que la mangue ou le siléou. Peu d’épices agrémentent la cuisine mentawai. Le sel, acheté généralement au village, est utilisé avec parcimonie et le piment doux a peu de saveur en raison des sols toujours gorgés d’eau.

Histoire

L’histoires des Mentawai antérieure au XIXème siècle restent encore un mystère. Les traditions orales nous livrent quelques légendes sur les premiers hommes. Des légendes qui ont traversé les siècles et se racontent avec tant de similitudes que de différences selon les clans.

Les premiers hommes

Aucune recherche archéologique ni documentation ne permet de préciser avec exactitude l’origine des peuples Mentawai. Quelques hypothèses, basées d’une part sur l’étude des langues et d’autre part sur l’ossature des Mentawai, estiment que les peuples de l’archipel sont des descendants des sociétés Austronésiennes. Les îles ne seraient ainsi habitées que depuis 2000 à 4000 ans. Certains s’aventurent à dire que des peuples s’étaient déjà installés à Siberut au Pléistocène il y a quelques dizaines ou centaines de milliers d’années.

L’hypothèse la plus plausible est que de multiples vagues successives de migrants se seraient échouées sur les côtes Mentawai au cours des derniers millénaires. Chacun apportant sa pierre à l’édifice de cette fabuleuse culture : le shamanisme des hommes premiers, la langue des austronésiens ou encore l’élevage d’animaux des habitants de Sumatra. Les hommes-fleurs, comme on les appelle communément en Occident, ne savent pas travailler le fer. Ils n’utilisaient que des outils de bois et de pierre jusqu’à l’arrivée des premiers marchands et des premiers échanges avec le monde extérieur.

Le vide archéologique et la profondeur des croyances shamaniques laissent place à d’extravagantes hypothèses sur l’origine des peuples Mentawai qui continuent à perpétuer leurs traditions par le bouche-à-oreille. L’origine des premiers hommes est-elle simplement l’une de celles qui se racontent de génération en génération ?

Histoire

L’histoires des Mentawai antérieure au XIXème siècle restent encore un mystère. Les traditions orales nous livrent quelques légendes sur les premiers hommes. Des légendes qui ont traversé les siècles et se racontent avec tant de similitudes que de différences selon les clans.

Les premiers hommes

Aucune recherche archéologique ni documentation ne permet de préciser avec exactitude l’origine des peuples Mentawai. Quelques hypothèses, basées d’une part sur l’étude des langues et d’autre part sur l’ossature des Mentawai, estiment que les peuples de l’archipel sont des descendants des sociétés Austronésiennes. Les îles ne seraient ainsi habitées que depuis 2000 à 4000 ans. Certains s’aventurent à dire que des peuples s’étaient déjà installés à Siberut au Pléistocène il y a quelques dizaines ou centaines de milliers d’années.

L’hypothèse la plus plausible est que de multiples vagues successives de migrants se seraient échouées sur les côtes Mentawai au cours des derniers millénaires. Chacun apportant sa pierre à l’édifice de cette fabuleuse culture : le shamanisme des hommes premiers, la langue des austronésiens ou encore l’élevage d’animaux des habitants de Sumatra. Les hommes-fleurs, comme on les appelle communément en Occident, ne savent pas travailler le fer. Ils n’utilisaient que des outils de bois et de pierre jusqu’à l’arrivée des premiers marchands et des premiers échanges avec le monde extérieur.

Le vide archéologique et la profondeur des croyances shamaniques laissent place à d’extravagantes hypothèses sur l’origine des peuples Mentawai qui continuent à perpétuer leurs traditions par le bouche-à-oreille. L’origine des premiers hommes est-elle simplement l’une de celles qui se racontent de génération en génération ?

Rencontre avec l’occident

Le premier européen à mettre le pied sur l’archipel des Mentawai serait l’anglais John Crisp, en 1792. Il semblerait que les portugais avaient connaissance de l’archipel mais n’y avaient pas prêté intérêt et n’y avaient jamais posé les pieds. Certains documents parlent d’îles du nom de Mintaon et Matana. Toujours est-il que les commerçants malais et chinois présents sur Sumatra entretenaient déjà quelques échanges avec les peuples de l’archipel des Mentawai depuis quelques centaines d’années.

Dans la deuxième partie du XIXème siècle, l’archipel entre dans la juridiction de la compagnie Néerlandaise des Indes Orientales. Quelques militaires, missionnaires et Indonésiens de Sumatra débarquent sur Siberut afin « d’accompagner ces peuples, qui vivent comme dans les temps reculés, vers la volonté de Dieu ». Mais également afin d’apporter et cultiver du café, du cacao et du riz. Les interventions furent peu fructueuses et l’impact colonial est minime dans l’archipel. Au début du XXème siècle, les missionnaires allemands et italiens n’eurent pas plus de résultats face à ces peuples animistes dispersés dans la jungle qui n’obéissent pas à un chef unique mais se regroupent en clan sous la protection et la sagesse de shamans.

Rencontre avec l’occident

Le premier européen à mettre le pied sur l’archipel des Mentawai serait l’anglais John Crisp, en 1792. Il semblerait que les portugais avaient connaissance de l’archipel mais n’y avaient pas prêté intérêt et n’y avaient jamais posé les pieds. Certains documents parlent d’îles du nom de Mintaon et Matana. Toujours est-il que les commerçants malais et chinois présents sur Sumatra entretenaient déjà quelques échanges avec les peuples de l’archipel des Mentawai depuis quelques centaines d’années.

Dans la deuxième partie du XIXème siècle, l’archipel entre dans la juridiction de la compagnie Néerlandaise des Indes Orientales. Quelques militaires, missionnaires et Indonésiens de Sumatra débarquent sur Siberut afin « d’accompagner ces peuples, qui vivent comme dans les temps reculés, vers la volonté de Dieu ». Mais également afin d’apporter et cultiver du café, du cacao et du riz. Les interventions furent peu fructueuses et l’impact colonial est minime dans l’archipel. Au début du XXème siècle, les missionnaires allemands et italiens n’eurent pas plus de résultats face à ces peuples animistes dispersés dans la jungle qui n’obéissent pas à un chef unique mais se regroupent en clan sous la protection et la sagesse de shamans.

Mentawai - Indépendance de l’Indonésie

Indépendance de l’Indonésie

L’impact majeur sur les populations Mentawai débuta après l’Indépendance de l’Indonésie (1945). Afin d’unifier les centaines d’ethnies qui peuplaient les milliers d’îles Indonésiennes, la jeune République a pris le chemin de l’unité. La Pancasila, philosophie de l’État Indonésien, regroupe cinq principes fondateurs : la croyance en un Dieu unique, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, une démocratie menée par la sagesse des représentants du peuple, une justice sociale pour tous les indonésiens. Selon le slogan indonésien : l’unité dans la diversité.

La jeune République prend rapidement des airs de dictature. A vouloir à tout prix unifier les peuples, on en oublie de les écouter. Les idéaux se transforment en lutte contre les pensées, les croyances et les cultures primitives. Commence alors la construction de villages, de mosquées, d’églises et d’écoles. Pour suivre le premier principe de la Pancasila, les Mentawai doivent abandonner leurs rituels et se plier à l’une des 5 religions « monothéistes » autorisées par le gouvernement. Ils sont encouragés à quitter le système de uma, le centre physique, sociétal et spirituel de la vie quotidienne et des cérémonies, pour s’installer dans ces villages gouvernementaux nouvellement construits en marge de la jungle. En mettant à mal le système de la uma, le noyau central de la culture mentawai, et en méprisant les pratiques animistes, le gouvernement indonésien a contribué à la disparition de pans entier de la culture originelle mentawai.

La recherche de cet idéal ne s’est malheureusement pas toujours faite dans la bienveillance. Afin d’arriver à ses fins, l’Etat a mis en place des lois allant contre la liberté et les traditions des peuples racines comme les Mentawai. Ainsi, il est interdit par la loi de pratiquer le shamanisme, d’arborer des tatouages rituels ou encore de s’habiller d’un simple pagne.

Jusque dans les années 1990, ces lois se sont fait respecter parfois par la violence. L’armée et la police sont allés au plus profond de la jungle de Siberut. Les shamans arrêtés se sont fait couper les cheveux, symbole de leurs pouvoirs. Les objets fétiches ont été détruits. Toute personne arborant des tatouages se faisait arrêter et parfois ruer de coup. Certains témoignent même de bains de sang. Les uma étaient brulées pour contraindre les clans à rejoindre les villages construits à la hâte par le gouvernement. Pour protéger les jeunes générations, les familles ont convenu d’envoyer leurs enfants à l’école et les pratiques de tatouage se sont faites de plus en plus rare. Malgré les risques, de nombreux shamans ont continué de faire perdurer les traditions à l’abri des regards. Les récits des ancêtres se racontaient encore le soir au coin du feu, en famille, en confiance.

Retour aux sources

Depuis les années 70, quelques voyageurs intrépides et anthropologues étrangers ont commencé à traverser le bras de mer entre Sumatra et Siberut sur le ferry branlant. Ils étaient davantage intéressés et intrigués par le système de uma et la vie communautaire de la jungle que par les nouveaux villages gouvernementaux en recherche d’âme. Alerté par les risques d’une communication internationale néfaste sur ses méthodes, attiré par l’appât du gain lié au tourisme communautaire, le gouvernement adopta par intermittence une politique plus laxiste à l’égard des Mentawai.

Puis vint la chute du président Suharto en 1998, le pays transite d’une dictature autoritaire à une démocratie. Sentant le vent tourner et leurs libertés mieux respectées, les Mentawai qui, au péril de leurs vies, ont continué à faire honneur à leurs traditions pendant ces années difficiles reprirent le chemin de la forêt. La jungle qu’ils ont connue est cependant en pleine mutation. Les concessions forestières menacent près de la moitié des forêts de l’île. L’autre moitié est protégée depuis 1993, date de la création du parc national de Siberut.

Les peuples de Siberut peinent aujourd’hui à retrouver un équilibre dans une société éclatée et en constante mutation. Les familles se partagent entre les villages gouvernementaux et la forêt. Les croyances divergent et se mélangent entre l’animisme originel et le monothéisme syncrétique. La mémoire des violences est encore vive et continue à attiser les peurs. Les besoins d’argent pour l’éducation des enfants et l’accès au développement et aux produits de consommation se font de plus en plus ressentir. Les animaux de la jungle sont de moins en moins nombreux et il faut aller toujours plus en profondeur dans la forêt pour trouver à manger.

Retour aux sources

Depuis les années 70, quelques voyageurs intrépides et anthropologues étrangers ont commencé à traverser le bras de mer entre Sumatra et Siberut sur le ferry branlant. Ils étaient davantage intéressés et intrigués par le système de uma et la vie communautaire de la jungle que par les nouveaux villages gouvernementaux en recherche d’âme. Alerté par les risques d’une communication internationale néfaste sur ses méthodes, attiré par l’appât du gain lié au tourisme communautaire, le gouvernement adopta par intermittence une politique plus laxiste à l’égard des Mentawai.

Puis vint la chute du président Suharto en 1998, le pays transite d’une dictature autoritaire à une démocratie. Sentant le vent tourner et leurs libertés mieux respectées, les Mentawai qui, au péril de leurs vies, ont continué à faire honneur à leurs traditions pendant ces années difficiles reprirent le chemin de la forêt. La jungle qu’ils ont connue est cependant en pleine mutation. Les concessions forestières menacent près de la moitié des forêts de l’île. L’autre moitié est protégée depuis 1993, date de la création du parc national de Siberut.

Les peuples de Siberut peinent aujourd’hui à retrouver un équilibre dans une société éclatée et en constante mutation. Les familles se partagent entre les villages gouvernementaux et la forêt. Les croyances divergent et se mélangent entre l’animisme originel et le monothéisme syncrétique. La mémoire des violences est encore vive et continue à attiser les peurs. Les besoins d’argent pour l’éducation des enfants et l’accès au développement et aux produits de consommation se font de plus en plus ressentir. Les animaux de la jungle sont de moins en moins nombreux et il faut aller toujours plus en profondeur dans la forêt pour trouver à manger.